Canada-États-Unis : les parfums et cosmétiques touchés par de nouvelles surtaxes croisées dès le 8 septembre
Le bras de fer douanier entre Ottawa et Washington s'étend aux parfums et aux cosmétiques, avec des surtaxes pouvant atteindre 50 % de part et d'autre de la frontière. Pour les marques et façonniers qui organisent production et distribution entre les deux pays, la facture douanière s'alourdit brutalement à quelques semaines d'échéance.

À compter du 8 septembre, le Canada appliquera des surtaxes douanières de 15 %, 25 % ou 50 % sur une série de produits américains, en réplique aux mesures tarifaires imposées par l'administration Trump. Plusieurs catégories de parfums et de cosmétiques figurent parmi les marchandises visées, aux côtés de l'acier, des produits laitiers ou de l'électroménager. Pour les acteurs nord-américains de la filière, cette annonce marque une nouvelle étape dans un conflit commercial qui touche désormais directement les flux de produits finis parfumés entre les deux pays.
Selon le gouvernement canadien, les surtaxes de rétorsion visent un large éventail de secteurs : acier, matériel de construction ferroviaire, poisson frais et congelé, produits laitiers, électronique, ainsi que des biens de consommation comme les lave-vaisselle et les lave-linge. Plusieurs catégories de produits de beauté seront soumises à une taxe de 50 %, dont les parfums et eaux de toilette, le maquillage des lèvres et des yeux, les préparations capillaires et les produits de manucure et pédicure. Les produits sidérurgiques et l'aluminium, déjà taxés à 25 %, passeront à 50 %, tandis qu'une catégorie plus restreinte, comprenant équipements et outils électriques, restera à 15 %. La ministre des Finances Francois-Philippe Champagne a indiqué que ces surtaxes de rétorsion s'alignent sur les niveaux appliqués par les États-Unis.
Cette annonce fait suite à la décision du premier ministre Mark Carney, le 21 août, de suspendre les négociations commerciales avec Washington, Ottawa jugeant inacceptables les conditions réclamées par la Maison Blanche. Le lendemain, samedi 22 août, les surtaxes de 50 % décidées par le président Donald Trump sont entrées en vigueur, entraînant en retour l'imposition par Washington de nouvelles taxes sur environ 20 milliards de dollars d'importations canadiennes. Le ciment, l'alcool, le miel et divers produits agricoles sont concernés, ainsi que certains cosmétiques colorés, des parfums, des articles de mode et même des bâtons de hockey. L'accord de libre-échange Canada-États-Unis-Mexique ne prévoit aucune exemption pour ces produits.
Selon les estimations d'Oxford Economics, ces nouvelles surtaxes américaines portent le taux effectif moyen appliqué aux exportations canadiennes vers les États-Unis de 5,1 % à 6,9 %. Les droits sur les plastiques, les machines électriques ainsi que le bois et le papier contribuent le plus à cette hausse. Le cabinet d'analyse souligne : « Manufacturers in Quebec, New Brunswick, and Ontario will be affected the most », désignant les provinces industrielles les plus exposées à ce resserrement tarifaire.
Pour la filière parfum, la mécanique en jeu tient à l'intégration nord-américaine des chaînes de production et de distribution. De nombreuses marques conçoivent leurs jus en Europe, mais assurent le remplissage, l'étiquetage ou l'assemblage des coffrets dans des usines situées aux États-Unis ou au Canada, avant de redistribuer les produits finis de part et d'autre de la frontière. Une surtaxe de 50 % appliquée aux parfums et eaux de toilette ou aux maquillages pour les lèvres et les yeux, des catégories définies par leur classification douanière, touche donc directement les produits finis qui franchissent cette frontière, quelle que soit l'origine des concentrés ou des matières premières entrant dans leur composition.
Pour les metteurs en marché et les façonniers organisés autour d'un site nord-américain unique, la hausse du coût douanier oblige à revoir la répartition géographique du remplissage et du conditionnement, ou à répercuter la charge sur les prix de vente en Amérique du Nord. Les entreprises qui exportent depuis le Canada vers les États-Unis, ou inversement, doivent également réexaminer leurs classifications tarifaires et leurs contrats de distribution, la fenêtre du 8 septembre laissant peu de temps pour ajuster des flux logistiques déjà engagés.
Le conflit ne se limite pas aux cosmétiques. Donald Trump a par ailleurs annoncé vouloir doubler, à partir de 2027, les surtaxes sur les automobiles canadiennes dépourvues de contenu américain suffisant, les portant à 50 % contre 25 % actuellement, une menace qui a suscité de vives réactions au Canada et que Mark Carney a promis de faire suivre de nouvelles mesures de rétorsion si elle se concrétise. Les États-Unis restent le premier partenaire commercial du Canada, qui leur destine 70 % de ses exportations, et le Canada demeure cette année le deuxième partenaire commercial des États-Unis pour les biens, derrière le Mexique. Cette dépendance réciproque explique pourquoi chaque nouvelle salve tarifaire, même ciblée sur des catégories a priori secondaires comme les parfums, se répercute rapidement sur l'ensemble des échanges bilatéraux.
Aux États-Unis, l'escalade divise l'opinion. « The economics and the math behind it do not make sense », estime Ethan Johnson, un entrepreneur de 25 ans interrogé par l'AFP, tandis que l'électricien Lucas Feser, 29 ans, affirme faire confiance à l'administration Trump pour « to set up a harder, better deal ». Un sondage de l'institut Angus Reid, publié dimanche, montre que les Canadiens soutiennent largement la décision de Mark Carney de quitter la table des négociations, tout en redoutant les répercussions économiques de cette rupture.
Denise Penon
À retenir
- Ottawa impose des surtaxes de 15 %, 25 % ou 50 % sur des produits américains dès le 8 septembre 2026, en riposte aux tarifs de Washington
- Les parfums et eaux de toilette, le maquillage des lèvres et des yeux, les soins capillaires et les produits de manucure-pédicure d'origine américaine seront taxés à 50 % au Canada
- Washington a déjà taxé environ 20 milliards de dollars d'importations canadiennes depuis le 22 août, incluant certains cosmétiques colorés et parfums
- Oxford Economics estime que le taux tarifaire effectif sur les exportations canadiennes vers les États-Unis passe de 5,1 % à 6,9 %
- Donald Trump menace de porter les surtaxes sur les automobiles canadiennes à 50 % dès 2027, laissant craindre une nouvelle escalade
- Le Canada dépend des États-Unis pour 70 % de ses exportations, exposant directement la filière cosmétique nord-américaine à ce conflit tarifaire
Citations attribuées
« The economics and the math behind it do not make sense »
Ethan Johnson
« to set up a harder, better deal »
Lucas Feser
« Manufacturers in Quebec, New Brunswick, and Ontario will be affected the most »
Oxford Economics
Sources
- 01
Cosmetics caught in the crossfire of the US-Canada trade dispute
Publiée le 26/08/2026 · consultée le 26/08/2026
