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Jordi Fernández, parfumeur chez Givaudan, retrace vingt ans d'écriture entre oud et contrastes méditerranéens

The Fragrance Foundation France publie un entretien avec Jordi Fernández, parfumeur senior chez Givaudan connu pour son travail du oud et du patchouli. Son parcours, entre formation sur le terrain et double implantation Barcelone-Dubaï, éclaire une voie d'accès au métier différente de celle de l'école française de référence, l'ISIPCA.

Elderly man analyzing scent from a test tube, focused on fragrance. (photographie d’illustration)
Photo : MART PRODUCTION — Pexels

The Fragrance Foundation France a publié un entretien avec Jordi Fernández, parfumeur senior chez Givaudan depuis 2014 selon l'organisation, mené par le journaliste Lionel Paillès. Autodidacte, il n'est pas passé par l'ISIPCA, l'école française qui forme la majorité des parfumeurs en France, et revendique un apprentissage construit sur le terrain, au contact d'évaluateurs, de chercheurs et d'équipes techniques. L'entretien revient sur son parcours et sur trois créations récentes signées pour des maisons de niche : Lemon Dancer pour Ex Nihilo, Ambre Latte pour Essential Parfums et Stella Silk pour BDK Parfums.

Selon Jordi Fernández, son entrée dans le métier s'est faite « presque par hasard », à Barcelone, au sein d'Eurofragrance, une entreprise familiale où il a découvert la fonction de parfumeur en observant et en expérimentant. Il partage aujourd'hui son activité entre Barcelone et Dubaï, deux implantations qu'il décrit comme complémentaires : la première nourrie par des souvenirs méditerranéens — pins, romarin, lavande, fenouil — et la seconde par une immersion dans la culture olfactive du Moyen-Orient, centrée sur le oud, l'encens et les matières ambrées. Cette double géographie lui a valu, selon ses propres mots, le surnom de Master of Oud.

Le oud, ou bois d'agar, est une résine odorante qui se forme dans le bois d'Aquilaria en réaction à une infection fongique ; sa rareté relative et la variabilité de ses qualités selon l'origine et le mode de production en font une matière recherchée et coûteuse en parfumerie orientale comme occidentale. Le patchouli, plante dont on distille les feuilles séchées pour en extraire une huile essentielle, est une matière plus ancienne et plus répandue dans la parfumerie occidentale, réputée pour sa polyvalence entre facettes terreuses, boisées, chocolatées ou camphrées. Jordi Fernández se définit d'ailleurs comme académicien de l'Academia del Perfume, où il détient ce qu'il nomme le Sillón Patchouli, une reconnaissance liée à son travail sur cette matière.

Cette double culture matières — méditerranéenne et moyen-orientale — structure une partie de son écriture, qu'il décrit comme fondée sur le contraste : associer une matière dense à une facette transparente ou lumineuse. Il cite en exemple Oud Maracujá pour Maison Crivelli, où le fruit de la passion vient, selon lui, apporter une facette acidulée à la profondeur du oud. Pour un acheteur ou un évaluateur, ce type de démarche illustre une tendance de fond du secteur : la matière la plus identifiable ne suffit plus seule à construire une signature, c'est son association à d'autres registres qui crée la singularité recherchée par les marques de niche.

Interrogé sur l'apport des nouvelles technologies, Jordi Fernández évoque la biotechnologie, les nouvelles méthodes d'extraction et les molécules captives — des ingrédients de synthèse propriétaires, réservés à l'usage exclusif de la société qui les a développées — comme des leviers qui élargissent la palette disponible sans se substituer, selon lui, à l'intuition du parfumeur. Il relie cette évolution technique à un changement plus large qu'il observe chez les consommateurs : une curiosité croissante pour les matières, l'origine des ingrédients et l'identité des créateurs, qui pousse selon lui la profession vers davantage de précision.

Sur le plan du métier, l'entretien rappelle qu'une formule peut traverser des centaines de modifications avant d'aboutir, un processus qu'il compare à une composition musicale faite de rythmes, de respirations et de tensions. Il invite les jeunes candidats au métier à sentir quotidiennement pour apprendre à distinguer les matières, tout en nourrissant leur pratique d'autres champs comme la gastronomie, la musique ou l'architecture. Cette insistance sur l'expérience sensorielle répétée rejoint un constat partagé par la filière : la formation d'un nez reste, quelle que soit la voie d'entrée choisie, affaire de temps et de comparaison constante.

Danièle Duffuler

À retenir

  • Jordi Fernández, parfumeur senior chez Givaudan depuis 2014 selon l'organisation, est autodidacte et n'est pas passé par l'ISIPCA
  • Il partage son activité entre Barcelone et Dubaï, associant héritage méditerranéen et culture olfactive du Moyen-Orient centrée sur le oud
  • Il a récemment signé Lemon Dancer (Ex Nihilo), Ambre Latte (Essential Parfums) et Stella Silk (BDK Parfums)
  • Son écriture repose sur le principe de contraste, associant matières denses (oud, patchouli) et facettes transparentes ou lumineuses
  • Il situe la biotechnologie et les molécules captives comme des outils élargissant la palette sans remplacer l'intuition du parfumeur

Citations attribuées

« J'aime faire dialoguer la puissance et la transparence, le chaud et le froid, l'ombre et la lumière. »

Jordi Fernández

« Un sillage doit avoir quelque chose à raconter, pas simplement être plus fort que les autres. »

Jordi Fernández

« Sentir. Beaucoup, et tous les jours. »

Jordi Fernández

« presque par hasard »

Jordi Fernández

Sources

  1. 01

    Jordi Fernández, la force des contrastes

    The Fragrance Foundation FranceAssociation professionnelleSource primaire

    Publiée le 03/09/2026 · consultée le 07/09/2026