Toxicité maternelle et développementale : RIFM détaille sa méthode d'évaluation lors d'un webinaire
Pour les évaluateurs de sécurité et les formulateurs, distinguer un effet développemental direct d'une conséquence de la toxicité maternelle change la marge de sécurité retenue pour un ingrédient. RIFM réunit scientifiques et experts académiques pour clarifier cette lecture des études animales à haute dose.

Le Research Institute for Fragrance Materials (RIFM), organisme de recherche sur la sécurité des ingrédients de parfumerie, annonce un webinaire gratuit le mercredi 2 septembre 2026, de 9h30 à 10h30 (heure de l'Est), consacré à l'interprétation des effets de toxicité maternelle et développementale observés dans les études animales à haute dose. Pour les toxicologues et responsables réglementaires de la filière, la question posée est centrale : quand un effet observé chez l'animal traduit-il un risque développemental direct, et quand résulte-t-il d'une toxicité systémique plus large déclenchée par des doses extrêmes ?
Selon le programme diffusé par RIFM, la présentation sera portée par Kirsten Hartman-Van Dycke, responsable de groupe en toxicologie du développement et de la reproduction (DART) chez Charles River Laboratories à Den Bosch, et par Ladan Fakhrzadeh, toxicologue avancée chez ExxonMobil Biomedical Sciences. Les deux intervenantes examineront comment la dose, la biologie de l'organisme testé, le mode d'action et l'approche dite du poids de la preuve — l'analyse combinée de plusieurs lignes de données plutôt qu'un résultat isolé — permettent de distinguer une toxicité développementale primaire d'un effet secondaire à une toxicité maternelle ou systémique. La session se conclura par une table ronde animée par Danielle Botelho, directrice des opérations scientifiques de RIFM, avec la participation d'Aldert H. Piersma, professeur émérite de toxicologie de la reproduction à l'Institute for Risk Assessment Sciences de l'université d'Utrecht, et de Kaushal Joshi, scientifique principal en toxicologie des doses répétées et de la reproduction au sein de RIFM. L'introduction sera assurée par Anne Marie Api, présidente de RIFM. L'inscription est gratuite mais obligatoire, précise l'organisme.
RIFM est l'organisme scientifique indépendant qui évalue, matière par matière, les données de sécurité des ingrédients utilisés en parfumerie ; ses conclusions nourrissent les standards d'usage établis par la filière au niveau international. La toxicologie du développement, discipline au cœur du webinaire, étudie les effets d'une exposition sur la gestation, la croissance fœtale et la maturation postnatale des organismes testés. Dans les protocoles réglementaires classiques, ces études sont conduites à des doses volontairement élevées afin de faire apparaître un effet mesurable — une pratique qui pose une difficulté d'interprétation récurrente : un effet observé chez le fœtus peut résulter d'une atteinte directe de son développement, ou n'être que la conséquence d'une toxicité chez la mère (perte de poids, stress physiologique) qui perturbe indirectement la gestation sans que la substance testée agisse elle-même sur l'embryon. Le webinaire annoncé s'attache précisément à cette lecture : il ne s'agit pas de nier la valeur d'un signal expérimental, mais de le replacer dans son contexte biologique avant d'en tirer une conclusion réglementaire.
Cette distinction n'est pas un débat académique : elle conditionne la manière dont un résultat d'étude animale est traduit en seuil de sécurité applicable à l'exposition humaine réelle, généralement bien inférieure aux doses testées en laboratoire. En toxicologie réglementaire, cette lecture influence notamment le choix de la dose sans effet observé (NOAEL, no observed adverse effect level) retenue pour calculer la marge d'exposition jugée acceptable pour l'humain, à partir de laquelle sont ensuite fixées les concentrations maximales d'usage d'un ingrédient dans les produits parfumés. Pour un évaluateur de sécurité en charge d'un dossier d'ingrédient, requalifier un effet comme secondaire à la toxicité maternelle plutôt que comme toxicité développementale primaire peut donc changer directement la concentration jugée acceptable dans un produit fini. Pour les fournisseurs de matières premières et les maisons de composition, ces arbitrages scientifiques se répercutent en aval sur les restrictions d'usage de certains ingrédients.
Ce type d'exercice méthodologique s'inscrit dans une évolution plus large de l'évaluation des ingrédients de parfumerie, où la lecture fine des données toxicologiques — dose, mode d'action, pertinence pour l'humain — prend le pas sur la seule observation d'un effet positif ou négatif dans un test. La présence, aux côtés des scientifiques de RIFM, d'experts issus d'un laboratoire de recherche sous contrat (Charles River), d'un producteur de matières premières issues de la pétrochimie (ExxonMobil) et du monde académique (université d'Utrecht) illustre la manière dont ces questions de sécurité mobilisent l'ensemble de la chaîne, du fournisseur de données brutes jusqu'à l'organisme qui en tire des recommandations d'usage.
Denise Penon
À retenir
- RIFM organise un webinaire gratuit le 2 septembre 2026 sur l'interprétation de la toxicité maternelle et développementale des ingrédients de parfumerie
- L'objectif est de distinguer un effet développemental primaire d'un effet secondaire à une toxicité maternelle observée à haute dose chez l'animal
- Des scientifiques de Charles River Laboratories, ExxonMobil Biomedical Sciences, de l'université d'Utrecht et de RIFM interviendront
- Cette distinction influence le calcul des marges de sécurité (NOAEL) et les concentrations maximales d'usage des ingrédients
Sources
- 01
From Findings to Meaning: Interpretation of Maternal and Developmental Toxicity
Publiée le 21/08/2026 · consultée le 22/08/2026
