Zamak recyclé : la filière européenne gagne en maturité à l'heure du PPWR
Le zamak, alliage de zinc massivement utilisé pour les capots et accessoires de parfumerie de luxe, dispose désormais d'une filière de recyclage reconnue et cartographiée à l'échelle européenne. Pour les acheteurs et les marques, cette structuration change la donne au moment où le règlement européen sur les emballages impose de nouvelles obligations de recyclabilité.

Le Comité européen de normalisation (CEN) a officiellement reconnu, depuis l'automne dernier, le zamak comme matériau recyclable. Cette reconnaissance s'accompagne d'une filière de collecte et de transformation identifiée et validée par les éco-organismes français Citeo et Léko, selon Claire Trescartes, directrice exécutive de Segede Industrie, société française impliquée dans la démarche aux côtés d'autres acteurs de la filière.
Le zamak, appelé aussi zamac, est un alliage composé à 95 % de zinc, additionné d'aluminium, de magnésium et de cuivre. Sa densité, sa résistance mécanique et sa facilité de moulage en font un matériau de choix pour les capots de flacon, les éléments décoratifs et certaines pièces techniques comme les vaporisateurs de sac, très employés par la parfumerie haut de gamme.
Une fois collectés, triés et séparés des autres matériaux, les déchets de zamak suivent un parcours industriel classique du recyclage des métaux : nettoyage, fusion, élaboration de l'alliage puis production de lingots. Le groupe luxembourgeois REAZN, dont l'usine est installée à Kruisem en Belgique, produit ainsi des lingots contenant au minimum 93 % de matières recyclées, avec la possibilité d'atteindre 100 % à la demande du client. En Europe, le français Genlis Métal et l'italien S. Erasmo Zinkal opèrent également sur ce segment.
Ces lingots alimentent ensuite des façonniers comme Segede Industrie, qui les transforment en capots de parfum ou en pièces plus complexes. « avec la même exigence de qualité que le zamak primaire », précise Claire Trescartes, écartant tout compromis technique lié à l'origine recyclée de la matière.
L'approvisionnement de cette filière repose sur plusieurs gisements. « Les déchets industriels représentent une part importante des volumes que nous traitons, mais nous valorisons également les déchets issus du tri ménager ou de la filière du verre tels que les zips, les boutons, les capots de parfum ou encore d'autres petites pièces métalliques », détaille Claude Bever, directeur général de REAZN. Les capots de flacon suivent un circuit particulier : associés au verre lors de la collecte, ils en sont séparés par courants de Foucault — un procédé qui exploite les propriétés électromagnétiques des métaux pour les trier automatiquement — avant d'être envoyés chez un affineur.
L'argument environnemental de cette filière repose sur un écart de consommation de ressources documenté par REAZN. « La production de zinc recyclé est bien moins gourmande en ressources que celle de zinc primaire : moins de 100 litres d'eau et moins de 0,35 MWh d'électricité sont nécessaires par tonne, contre environ 70 000 litres d'eau et au moins 4 MWh pour une tonne de zinc primaire », souligne Claude Bever. Pour Jean Gouverneyre, fondateur et codirecteur général du groupe, « l'utilisation de matières premières secondaires permet de limiter le recours au zinc issu de l'extraction minière. L'intérêt est à la fois industriel et environnemental ».
Cette montée en puissance s'inscrit dans un contexte réglementaire précis. Le règlement (UE) 2025/40 du 19 décembre 2024 relatif aux emballages et aux déchets d'emballages, connu sous son acronyme anglais PPWR, pousse l'ensemble de la filière cosmétique et parfumerie à documenter et sécuriser la recyclabilité de ses matériaux d'emballage. Pour les marques de luxe, disposer d'un fournisseur de zamak capable de justifier un taux de matière recyclée élevé, voire croissant, devient un élément de conformité autant qu'un argument de positionnement.
REAZN affiche un objectif à dix ans : parvenir à un cycle de production entièrement closed-loop, c'est-à-dire en boucle fermée, pour le marché européen du zamak, en se passant progressivement de zinc primaire. Un tel modèle, selon l'entreprise, permettrait aux marques de réduire leur dépendance au zinc primaire, de sécuriser l'accès à une matière recyclée et recyclable de qualité constante, et de mieux maîtriser l'empreinte environnementale de leurs emballages.
La disponibilité de la ressource ne semble pas constituer un frein à moyen terme. Selon des données de l'International Zinc Association publiées en 2022, près de 247 millions de tonnes de zinc étaient déjà contenues dans les produits en circulation en 2019, un stock que l'association projette à près de 490 millions de tonnes à l'horizon 2050. « Cette mine urbaine représente une ressource considérable pour l'avenir du recyclage du zinc et du zamak. Son développement constitue un enjeu à la fois environnemental et stratégique pour l'Europe, confrontée à la raréfaction des ressources minières. Il permettra aussi aux entreprises de réduire leur exposition aux fluctuations du cours du zinc », estime Jean Gouverneyre.
Pour les acheteurs de la filière parfum, cette structuration du recyclage du zamak illustre un mouvement plus large : la traçabilité et la disponibilité de matières secondaires de qualité deviennent des critères d'approvisionnement à part entière, au même titre que le prix ou les délais, à mesure que la réglementation européenne resserre les exigences sur l'ensemble du cycle de vie des emballages.
Denise Penon
À retenir
- Le CEN a reconnu le zamak comme matériau recyclable à l'automne 2025, avec une filière validée par Citeo et Léko
- REAZN produit des lingots de zamak contenant au minimum 93 % de matière recyclée, jusqu'à 100 % à la demande
- Le recyclage du zinc consomme moins de 100 litres d'eau et 0,35 MWh par tonne, contre 70 000 litres et 4 MWh pour le zinc primaire
- Le stock mondial de zinc en circulation, estimé à 247 millions de tonnes en 2019, pourrait atteindre 490 millions de tonnes d'ici 2050
- REAZN vise un cycle de production du zamak entièrement en boucle fermée d'ici dix ans
- Le règlement européen PPWR accélère la demande de matériaux d'emballage à recyclabilité documentée
Citations attribuées
« Il bénéficie d'une filière européenne de recyclage identifiée et cartographiée, validée par les éco-organismes Citeo et Léko »
Claire Trescartes
« avec la même exigence de qualité que le zamak primaire »
Claire Trescartes
« Les déchets industriels représentent une part importante des volumes que nous traitons, mais nous valorisons également les déchets issus du tri ménager ou de la filière du verre tels que les zips, les boutons, les capots de parfum ou encore d'autres petites pièces métalliques »
Claude Bever
« La production de zinc recyclé est bien moins gourmande en ressources que celle de zinc primaire : moins de 100 litres d'eau et moins de 0,35 MWh d'électricité sont nécessaires par tonne, contre environ 70 000 litres d'eau et au moins 4 MWh pour une tonne de zinc primaire »
Claude Bever
« L'utilisation de matières premières secondaires permet de limiter le recours au zinc issu de l'extraction minière. L'intérêt est à la fois industriel et environnemental »
Jean Gouverneyre
« Cette mine urbaine représente une ressource considérable pour l'avenir du recyclage du zinc et du zamak. Son développement constitue un enjeu à la fois environnemental et stratégique pour l'Europe, confrontée à la raréfaction des ressources minières. Il permettra aussi aux entreprises de réduire leur exposition aux fluctuations du cours du zinc »
Jean Gouverneyre
Sources
- 01
Zamak recyclé : à l'ère du PPWR, la filière gagne en maturité et en volumes
Publiée le 05/10/2026 · consultée le 08/10/2026
