Amouage et LMR Naturals by IFF structurent une filière de rose d'Oman
Ce projet illustre une tendance de fond dans la parfumerie de luxe : la structuration de filières d'origine, en propre ou en partenariat, pour sécuriser l'accès à des matières différenciantes. Il place aussi la région de Jabal Akhdar en position de devenir un nouveau territoire de référence pour la rose de parfumerie, aux côtés de Grasse, de la Turquie et de la Bulgarie.

Amouage annonce, en partenariat avec LMR Naturals by IFF, un projet visant à structurer une filière dédiée à la rose d'Oman, cultivée dans les montagnes de Jabal Akhdar. Pour la maison omanaise, il s'agit de faire émerger un ingrédient de parfumerie à part entière à partir d'une plante jusqu'ici destinée avant tout à la production d'eau de rose traditionnelle. Pour les parfumeurs, ce projet ouvre l'accès potentiel à une origine de rose Damascena inédite sur le marché des matières premières naturelles.
Selon Amouage, la rose Damascena Trigintipetala - une variété à trente pétales - est cultivée depuis des siècles sur les terrasses de Jabal Akhdar, à plus de 2000 mètres d'altitude, à environ deux heures de route de Mascate. Récoltée à la main entre mi-mars et fin avril, elle est traditionnellement distillée au feu de bois dans des alambics en terre cuite pour produire de l'eau de rose, un produit à forte valeur culturelle dans le pays. L'huile essentielle n'est aujourd'hui obtenue que comme sous-produit de cette distillation, dans des volumes ne dépassant pas une cinquantaine de millilitres par récolte, précise Renaud Salmon, directeur de la création chez Amouage.
Le projet mené avec LMR Naturals by IFF vise à transformer ce sous-produit rare en un ingrédient disponible en quantités suffisantes pour un usage industriel. Selon Bertrand de Préville, directeur général de LMR, « Sans recourir à la pétrochimie, les équipes de LMR vont récupérer les molécules aromatiques présentes dans l'eau de distillation de l'eau de rose afin de les recombiner avec l'essence de rose, pour obtenir une huile essentielle complète, et non plus un simple sous-produit ». Les alcools naturellement présents dans l'eau de distillation seront également valorisés pour apporter une facette pétalée à la matière finale. L'extraction sera réalisée directement en Oman afin de préserver les fleurs de la chaleur et du soleil, avec des équipements qui doivent être opérationnels pour la récolte de mi-mars à mi-avril 2027, selon Amouage.
L'huile essentielle actuellement produite résulte d'une seule distillation, sans cohobation - une pratique consistant à réinjecter le distillat plusieurs fois dans le cycle pour augmenter le rendement, courante pour la rose Damascena en Bulgarie et en Turquie. Cette absence de cohobation, combinée à l'altitude, aux sols rocailleux et à des températures inférieures d'une quinzaine de degrés à celles du reste d'Oman, confère à cette rose un profil décrit par Francesca Bonati, responsable du développement parfum chez Amouage, comme « une signature plus vive, verte, et minérale que les mêmes variétés poussant en Turquie ou en Bulgarie ». Ce type de différenciation par le terroir répond à une demande constante des parfumeurs pour des matières premières qui échappent à la standardisation des grandes origines commerciales.
Amouage indique vouloir développer cette production à plus grande échelle en bâtissant un modèle économique, sur des terrasses de culture qui ne sont pas toutes valorisées à ce jour, selon Renaud Salmon, qui juge cet enjeu réaliste puisque, selon lui, « toutes les terrasses ne sont pas encore valorisées ». La rose présente l'avantage de produire ses premiers résultats deux à trois ans après la plantation, sur des montagnes déjà équipées d'un système d'irrigation - deux facteurs qui réduisent le délai et l'investissement nécessaires à une montée en volume. Pour l'eau de rose elle-même, Renaud Salmon relève qu'elle est devenue « un produit devenu presque touristique aujourd'hui », ce qui ouvre la perspective d'une valorisation renouvelée par un débouché en parfumerie fine.
Sabrya Meflah, présidente fine fragrance chez IFF, situe cette collaboration dans l'héritage de Monique Rémy, fondatrice de LMR : « Cette collaboration s'inscrit pleinement dans la vision et les valeurs de Monique Rémy, fondatrice de LMR ». Elle met en avant une chaîne de valeur associant expertise scientifique, traçabilité et retombées locales : « LMR apporte son expertise scientifique dans cette chaîne de valeurs, de transparence, de qualité, mais aussi de retour aux communautés. On crée aussi dans le tissu économique. C'est une initiative vertueuse ». Ce positionnement rejoint une orientation plus large de l'industrie des matières premières naturelles, où la traçabilité jusqu'à la parcelle et la rémunération des producteurs deviennent des arguments de différenciation face aux ingrédients de synthèse.
Ce projet prolonge une démarche engagée en 2024 par Amouage autour de l'encens de Wadi Dawkah, également situé en Oman. Renaud Salmon relie les deux matières dans une même recherche de signature olfactive, décrivant la rose d'Oman comme « une rose très minérale, au souffle moderne, avec ses notes zestées et sa facette oxyde de rose. Celle-ci s'inscrit pleinement dans la signature olfactive que je recherche ». Il précise vouloir l'utiliser en quantité suffisante pour que sa singularité s'exprime dans les formules, plutôt qu'à l'état de trace : « Il ne s'agit pas de revendiquer un ingrédient pour n'en utiliser qu'une infime quantité dans une formule ».
Les premiers volumes de la nouvelle matière seront réservés aux créations d'IFF pour Amouage. Comme pour l'encens de Wadi Dawkah, une commercialisation plus large pourrait suivre si les volumes le permettent, selon Amouage, avec l'objectif affiché de contribuer à l'économie locale de Jabal Akhdar et d'élargir la palette disponible pour la profession.
Denise Penon
À retenir
- Amouage et LMR Naturals by IFF développent un nouvel ingrédient à partir de la rose d'Oman cultivée à Jabal Akhdar
- L'huile essentielle actuelle, obtenue par distillation unique sans cohobation, ne dépasse pas une cinquantaine de millilitres par récolte
- Les équipements d'extraction en Oman doivent être opérationnels pour la récolte de mi-mars à mi-avril 2027
- Les premiers volumes seront réservés aux créations d'IFF pour Amouage, avant une éventuelle commercialisation plus large
- Le projet prolonge la démarche engagée en 2024 autour de l'encens de Wadi Dawkah
Citations attribuées
« une signature plus vive, verte, et minérale que les mêmes variétés poussant en Turquie ou en Bulgarie »
Francesca Bonati
« un produit devenu presque touristique aujourd'hui »
Renaud Salmon
« toutes les terrasses ne sont pas encore valorisées »
Renaud Salmon
« Cette collaboration s'inscrit pleinement dans la vision et les valeurs de Monique Rémy, fondatrice de LMR »
Sabrya Meflah
« Sans recourir à la pétrochimie, les équipes de LMR vont récupérer les molécules aromatiques présentes dans l'eau de distillation de l'eau de rose afin de les recombiner avec l'essence de rose, pour obtenir une huile essentielle complète, et non plus un simple sous-produit »
Bertrand de Préville
« une rose très minérale, au souffle moderne, avec ses notes zestées et sa facette oxyde de rose. Celle-ci s'inscrit pleinement dans la signature olfactive que je recherche »
Renaud Salmon
« LMR apporte son expertise scientifique dans cette chaîne de valeurs, de transparence, de qualité, mais aussi de retour aux communautés. On crée aussi dans le tissu économique. C'est une initiative vertueuse »
Sabrya Meflah
« Il ne s'agit pas de revendiquer un ingrédient pour n'en utiliser qu'une infime quantité dans une formule »
Renaud Salmon
Sources
- 01
Rose d'Oman : Amouage pose les bases d'une nouvelle matière première
Publiée le 30/08/2026 · consultée le 31/08/2026
