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Jardins de l'Ourika : le sourcing olfactif de YSL Beauté au Maroc

Un professionnel de la parfumerie y voit un modèle de sourcing intégré, où culture d'ingrédients, coopérative de femmes et inspiration créative se nourrissent mutuellement depuis plus de dix ans. Ce type de dispositif, de plus en plus recherché par les maisons de luxe, conditionne à la fois la traçabilité des matières et la singularité olfactive des collections.

city surrounded by mountains (photographie d’illustration)
Photo : Patrick Ogilvie — Unsplash

Depuis plus de dix ans, YSL Beauté entretient un programme de culture et d'inspiration dans les Jardins Collectifs de l'Ourika, au pied de l'Atlas marocain, selon The Fragrance Foundation France. Le site associe production d'ingrédients à parfum, coopérative de femmes locales et lieu de recherche olfactive pour les parfumeurs de la marque, dont Anne Flipo, parfumeur chez IFF (International Flavors & Fragrances, l'une des grandes maisons de composition mondiales).

Le jardin principal, dessiné par les architectes Ossart et Maurières, rassemble jasmin, fleur d'oranger, iris, géranium, rose, lavande et verveine, entourés de figuiers, oliviers et cactées. Cette disposition répond aux principes de l'agriculture régénératrice, une approche qui vise à restaurer la fertilité des sols et la biodiversité plutôt qu'à maximiser un rendement isolé. Dania Blin, Global Sustainability & Science Director chez Yves Saint Laurent Beauté, précise : « Les architectes Ossart et Maurières ont entièrement dessiné le jardin principal, sa fontaine, et plus récemment son pavillon Dar Ourika, qui abrite un atelier botanique dans lequel les ingrédients sont séchés et triés, ainsi qu'un studio olfactif, lieu de création et de pédagogie, faisant le lien entre les ingrédients et les parfums de la marque. Ces deux hommes sont les garants, avec leurs équipes, de la beauté et de l'épanouissement des jardins à l'année. »

La culture, la récolte, le tri et le séchage des plantes reposent entièrement sur une coopérative de femmes marocaines, dépositaires d'un savoir-faire transmis localement. Le programme trouve son origine dans une démarche de sourcing engagée en 2014, lorsque YSL Beauté cherchait à s'approvisionner en safran marocain pour sa ligne premium Or Rouge. Dania Blin explique : « Nous avons poursuivi le rêve de Monsieur Yves Saint Laurent. Pour L'Oréal, tout a commencé en 2014 alors que YSL Beauté cherchait à sourcer du safran au Maroc pour notre ligne premium cosmétique Or Rouge, tout en plaçant l'autonomie des femmes Marocaines au cœur de sa démarche. Aujourd'hui, notre programme s'inscrit dans cette démarche d'autonomisation durable et dans le long terme : grâce à l'accompagnement précieux de nos partenaires de terrain, l'ONG Agrisud International et la Fondation Norsys, ces femmes bénéficient d'un soutien sur mesure et d'un partage de compétences qui valorisent leur travail et favorisent leur indépendance économique. Je m'y rends souvent pour mesurer l'impact de nos actions, en lien permanent avec l'ensemble des acteurs de cet écosystème. C'est avant tout un travail d'équipe fondé sur une relation de confiance profonde. »

Au-delà de la production d'ingrédients, le site sert de terrain d'observation sensorielle pour les parfumeurs. La technique employée, le Head Space, consiste à capter, à l'aide d'un dispositif de piégeage des molécules volatiles, les composés odorants émis par une fleur vivante sur pied, sans l'extraire ni la détruire. L'analyse de cette capture donne au parfumeur un profil olfactif de référence, qu'il réinterprète ensuite avec les matières premières dont il dispose en studio, naturelles comme synthétiques. Anne Flipo décrit ainsi son travail pour les différentes versions de Libre : « La première chose qui m'a fait écho aux Jardins Collectifs de l'Ourika, c'est, outre la beauté du lieu, sa lumière particulière et les femmes qui y travaillent, les subtilités olfactives singulières. La fleur d'Oranger, par exemple, possède une fraîcheur qu'on ne trouve que là-bas. Pour Libre, où elle est présente, cela induit un impact particulier. On vient capter l'odeur via la technologie Head Space à un instant T que je privilégie – la fleur évoluant différemment au cours de la journée. Puis on l'analyse et je la reconstitue selon ma propre interprétation, grâce à des matières premières d'exception que j'ai à disposition. »

L'orgue à parfum de la marque conserve ainsi un accord Jasmin Jour et un accord Jasmin Nuit, issus de ces captures et mis à disposition des parfumeurs pour de nouvelles compositions. Dania Blin situe cette singularité dans les conditions climatiques du site : « Ces captures restituent une floralité inédite, au plus près de la fleur dans son champ, tout en offrant à chaque parfumeur la possibilité de les interpréter à sa façon. Cette singularité découle de notre terroir semi-aride, au pied des montagnes de l'Atlas et aux portes du désert, qui subit des changements de température extrêmes, passant du gel en hiver à des chaleurs de plus de 40°C l'été. »

Pour un acheteur ou un directeur de création, ce type de dispositif change la nature de la relation à la matière première : la maison ne se contente plus d'acheter un ingrédient sur un marché, elle en maîtrise la culture, la traçabilité et le calendrier de récolte, tout en disposant d'un accès direct à des captures olfactives exclusives. Selon le récit de The Fragrance Foundation France, plusieurs lignes de la maison, dont les éditions de Libre, MYSELF et les extraits récents du Vestiaire, se sont nourries de ces travaux menés à l'Ourika.

Ce modèle s'inscrit dans un mouvement plus large de la filière : de plus en plus de maisons cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en s'impliquant directement dans la culture des ingrédients, souvent en partenariat avec des coopératives locales et des organisations de développement agricole. Cette intégration verticale répond à plusieurs enjeux simultanés : traçabilité exigée par les marchés et les réglementations, exigences de durabilité, mais aussi recherche d'une matière différenciante que la synthèse ou l'achat de gré à gré ne peuvent reproduire à l'identique. Elle transforme aussi le travail du parfumeur, qui n'intervient plus seulement en studio mais devient partie prenante d'un dialogue avec le terrain et ses conditions particulières.

Denise Penon

À retenir

  • YSL Beauté entretient depuis plus de dix ans un programme de culture et d'inspiration dans les Jardins Collectifs de l'Ourika, au Maroc
  • La culture, la récolte et le tri des plantes reposent sur une coopérative de femmes marocaines, accompagnée par l'ONG Agrisud International et la Fondation Norsys
  • Le programme trouve son origine en 2014, dans une démarche de sourcing du safran marocain pour la ligne Or Rouge
  • Le pavillon Dar Ourika, dessiné par les architectes Ossart et Maurières, abrite un atelier botanique et un studio olfactif
  • La technologie Head Space permet de capter les composés odorants d'une fleur vivante pour les réinterpréter en studio, comme l'illustre le travail d'Anne Flipo (IFF) sur Libre
  • Les captures olfactives du site ont nourri plusieurs lignes de la maison, dont Libre, MYSELF et le Vestiaire

Citations attribuées

« Les architectes Ossart et Maurières ont entièrement dessiné le jardin principal, sa fontaine, et plus récemment son pavillon Dar Ourika, qui abrite un atelier botanique dans lequel les ingrédients sont séchés et triés, ainsi qu'un studio olfactif, lieu de création et de pédagogie, faisant le lien entre les ingrédients et les parfums de la marque. Ces deux hommes sont les garants, avec leurs équipes, de la beauté et de l'épanouissement des jardins à l'année. »

Dania Blin

« Nous avons poursuivi le rêve de Monsieur Yves Saint Laurent. Pour L'Oréal, tout a commencé en 2014 alors que YSL Beauté cherchait à sourcer du safran au Maroc pour notre ligne premium cosmétique Or Rouge, tout en plaçant l'autonomie des femmes Marocaines au cœur de sa démarche. Aujourd'hui, notre programme s'inscrit dans cette démarche d'autonomisation durable et dans le long terme : grâce à l'accompagnement précieux de nos partenaires de terrain, l'ONG Agrisud International et la Fondation Norsys, ces femmes bénéficient d'un soutien sur mesure et d'un partage de compétences qui valorisent leur travail et favorisent leur indépendance économique. Je m'y rends souvent pour mesurer l'impact de nos actions, en lien permanent avec l'ensemble des acteurs de cet écosystème. C'est avant tout un travail d'équipe fondé sur une relation de confiance profonde. »

Dania Blin

« La première chose qui m'a fait écho aux Jardins Collectifs de l'Ourika, c'est, outre la beauté du lieu, sa lumière particulière et les femmes qui y travaillent, les subtilités olfactives singulières. La fleur d'Oranger, par exemple, possède une fraîcheur qu'on ne trouve que là-bas. Pour Libre, où elle est présente, cela induit un impact particulier. On vient capter l'odeur via la technologie Head Space à un instant T que je privilégie – la fleur évoluant différemment au cours de la journée. Puis on l'analyse et je la reconstitue selon ma propre interprétation, grâce à des matières premières d'exception que j'ai à disposition. »

Anne Flipo

« Ces captures restituent une floralité inédite, au plus près de la fleur dans son champ, tout en offrant à chaque parfumeur la possibilité de les interpréter à sa façon. Cette singularité découle de notre terroir semi-aride, au pied des montagnes de l'Atlas et aux portes du désert, qui subit des changements de température extrêmes, passant du gel en hiver à des chaleurs de plus de 40°C l'été. »

Dania Blin

Sources

  1. 01

    Jardins de l’Ourika YSL Beauté : retour aux sources du futur

    The Fragrance Foundation FranceAssociation professionnelleSource primaire

    Publiée le 03/09/2026 · consultée le 07/09/2026