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Madagascar : bay de Saint-Thomas et patchouli rejoignent la palette de Symrise

Deux essences distillées sur la Grande Île, la baie de Saint-Thomas et le patchouli, viennent d'intégrer la palette de Symrise. Elles s'inscrivent dans un programme de diversification agricole qui cherche à desserrer la dépendance des producteurs malgaches à la seule vanille.

From above of unrecognizable ethnic person working with fresh verdant leaves near gray shelf (photographie d’illustration)
Photo : Quang Nguyen Vinh — Pexels

Depuis 2022, la baie de Saint-Thomas figure dans la palette de Symrise comme ingrédient exclusif issu de Madagascar ; le patchouli malgache l'a rejointe en 2023. Selon Nez, ces deux essences résultent d'un programme de diversification des cultures que Symrise Madagascar a lancé en 2016 auprès des producteurs de vanille de l'île. L'enjeu dépasse l'élargissement d'un catalogue : il s'agit de donner à des exploitants dépendants d'une seule épice des revenus complémentaires, tout en fournissant aux parfumeurs des origines nouvelles et traçables pour des matières déjà connues du métier.

Madagascar occupe une place particulière dans l'histoire des matières premières olfactives sans qu'aucune plante à parfum n'y soit native. À la fin du XIXe siècle, sous l'expansion coloniale française, l'industrie grassoise s'y implante et crée à Nosy Be les premières distilleries d'ylang-ylang, avant que caféiers, poivriers et mimosas ne s'y développent. En 1901, le jardin d'essais de Tamatave lance les premières cultures de vanille importée du Mexique, de cannelle et de girofle. Cent vingt-cinq ans plus tard, l'île est devenue le premier producteur mondial de vanille, exportant chaque année, selon Nez, de 1 000 à 2 000 tonnes de gousses, soit 80 à 90 % de la production planétaire, destinées pour l'essentiel aux arômes alimentaires.

Présente sur l'île depuis 2006, Symrise Madagascar a construit à partir de 2016 un programme visant à faire bénéficier les producteurs de vanille des revenus d'autres cultures : feuille de géranium, écorce de cannelier, tige de lemongrass, racines de vétiver, rhizome de gingembre. En nouant des partenariats durables avec producteurs, distillateurs et pépiniéristes, l'entreprise sécurise des filières d'approvisionnement pérennes et permet à de nouvelles essences d'entrer dans la palette de ses parfumeurs, à Paris comme à New York.

La baie de Saint-Thomas, Pimenta racemosa, est un laurier créole pouvant atteindre cinq mètres de haut, récoltable dès l'âge de deux ans ; sa feuille parfumait déjà, à petite échelle, les ragoûts malgaches. Symrise Madagascar développe la filière industrielle depuis 2020 à la Ferme des Hauts, à une vingtaine de kilomètres de Sambava, dans la région de la Sava, où près de 10 000 arbres ont été plantés sur quatre hectares de terre rouge argileuse retenant l'humidité. Les hommes récoltent le matin, les femmes effeuillent l'après-midi ; en saison, jusqu'à 1,2 tonne de feuilles est distillée chaque jour, pour une distillation de trois heures et un rendement de 0,8 %.

Cette montée en puissance malgache s'inscrit dans un contexte de fragilité de l'origine historique de cette matière : la Dominique, dans les Caraïbes, assurait jusqu'à 80 % de l'offre mondiale de baie de Saint-Thomas avant qu'un ouragan, en 2017, ne détruise coopératives et distilleries. Depuis 2022, la filière malgache contribue à restaurer l'offre sous la forme d'un produit artisanal exclusif, certifié biologique et UEBT, un label garantissant l'absence de produits chimiques dans la culture et la valeur sociale du processus de transformation. Selon Nez, le profil de cette essence pourrait conduire des parfumeurs à l'utiliser en substitution de l'eugénol pour augmenter le volume de certaines compositions florales ou boisées.

Le patchouli, Pogostemon cablin, se comporte en agroforesterie comme un allié de la vanille, du cacao et des caféiers, ce qui explique son intérêt pour des exploitations déjà engagées dans ces cultures. Bouturé à partir de mai, il livre une première récolte sept mois plus tard, puis trois ou quatre autres chaque année, toujours coupées à la main, au petit matin, par des femmes. Les rameaux sont ensuite mis à fermenter quelques jours en condition anaérobie — les tiges ayant été égalisées à la machette pour limiter la présence d'air —, une étape qui fait évoluer le taux de patchoulol et développer, sous l'effet de la chaleur, des facettes plus animales ; le séchage se fait ensuite à l'ombre, car le patchoulol s'évapore au soleil.

L'élaboration de cette essence, entièrement traçable selon Nez, a nécessité plus de 200 essais pour accorder parfumeurs et experts de terrain. La durée de vapodistillation a été fixée entre cinq et neuf heures selon que l'on distille les tiges, avec un rendement de 2 %, ou uniquement les feuilles, avec un rendement de 4 % ; le taux de patchoulol obtenu atteint environ 30 %. Certifié UEBT, le patchouli malgache se distingue de son concurrent indonésien par une distillation en acier inoxydable qui rend inutile l'étape d'acidification à l'acide citrique habituellement destinée à éliminer le fer de l'essence, et par une collecte exclusivement en bouteilles de verre, écartant tout risque de contamination par des phtalates.

Pour les acheteurs de matières premières, ces deux filières apportent d'abord une alternative d'origine : une essence de bay moins exposée aux aléas climatiques qui ont frappé la Dominique, et un patchouli certifié qui se positionne face à l'offre indonésienne établie. Pour les producteurs malgaches, elles offrent des revenus qui ne dépendent plus exclusivement des cours de la vanille, une culture sensible aux variations de prix et aux accidents climatiques. Pour les parfumeurs, elles ajoutent à la palette des matières dont la traçabilité, du champ à la bouteille, répond à une exigence croissante des marques.

Cette dynamique de diversification s'inscrit dans un mouvement plus large de la filière naturelle : sécuriser des approvisionnements en multipliant les origines, documenter les procédés de transformation par des certifications comme UEBT, et continuer d'explorer, comme le rappelle Nez, les espèces endémiques d'un territoire où cultivateurs, agronomes et botanistes poursuivent depuis plus d'un siècle une recherche constante de nouvelles potentialités olfactives.

Denise Penon

À retenir

  • La baie de Saint-Thomas (Pimenta racemosa) est entrée dans la palette de Symrise en 2022, avec une filière développée depuis 2020 à la Ferme des Hauts, région de la Sava
  • Près de 10 000 arbres plantés sur 4 hectares ; rendement de distillation de 0,8 % pour la baie de Saint-Thomas
  • La Dominique assurait jusqu'à 80 % de l'offre mondiale de baie de Saint-Thomas avant qu'un ouragan ne détruise sa filière en 2017
  • Le patchouli malgache a intégré la palette Symrise en 2023, avec un taux de patchoulol d'environ 30 % après plus de 200 essais
  • La distillation malgache du patchouli en acier inoxydable évite l'étape d'acidification à l'acide citrique utilisée pour l'origine indonésienne
  • Le programme de diversification des cultures de Symrise Madagascar a été lancé en 2016 auprès des producteurs de vanille
  • Madagascar reste le premier producteur mondial de vanille, avec 80 à 90 % de la production planétaire

Sources

  1. 01

    Madagascar, terroir d’exception pour le parfum

    Nez — le mouvement culturel olfactifMédia spécialisé

    Publiée le 30/07/2026 · consultée le 24/08/2026