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Santal : la matière se réinvente entre rareté persistante et écriture olfactive seconde peau

Longtemps pilier des grands orientaux, le bois de santal s'écrit aujourd'hui dans des compositions plus texturées et intimistes, portées par la niche comme par la sélective. Ce déplacement s'appuie sur une diversification des origines, de nouveaux procédés d'extraction et un usage accru de molécules de synthèse complémentaires.

a field with a lot of trees in the middle of it (photographie d’illustration)
Photo : Praveen Kumar Nandagiri — Unsplash

Le bois de santal change de registre. Longtemps associé aux grands orientaux opulents, il nourrit désormais une génération de parfums plus texturés et enveloppants, dans un registre proche du skin scent, selon un article publié par The Fragrance Foundation France sous la plume de Virginie Rousset. Pour les professionnels de la filière, ce déplacement d'usage s'accompagne d'une évolution plus structurelle : diversification des origines, nouveaux procédés d'extraction et recours croissant à des molécules de synthèse complémentaires.

La rareté du santal indien, historiquement la référence olfactive de la matière, a poussé les maisons de composition à se tourner vers d'autres bassins de production. « Au cours du XXe siècle, le bois de santal a été énormément exploité. L'Inde a ensuite voulu protéger l'espèce, ce qui a poussé les maisons de composition à se tourner vers l'Australie », explique Suzy Le Helley, parfumeuse chez Symrise. Chanel a depuis constitué sa propre filière en Nouvelle-Calédonie ; la maison a reçu le 18 juin dernier, lors des Fragrance Foundation Annual Revelations, le Prix de l'Exception pour son exposition consacrée au santal dans le cadre de Jardins, Jardin.

Le Santalum album indien et le Santalum spicatum australien ne se substituent pas terme à terme : l'arbre demande entre quinze et trente ans avant de pouvoir être exploité, et seule la partie centrale du tronc ainsi que les racines contiennent l'huile essentielle la plus qualitative. Après abattage, le bois est réduit en poudre puis distillé à la vapeur d'eau. Selon l'article, les origines se distinguent olfactivement : l'indien reste le plus crémeux et lacté, l'australien développe des facettes plus animales et sèches, et le santal de Nouvelle-Calédonie se signale par son caractère enveloppant. Pour un acheteur de matières, cette hétérogénéité d'origine implique de raisonner qualité par qualité plutôt que de considérer le santal comme une matière première interchangeable.

L'innovation ne se limite pas à la géographie des plantations : elle porte aussi sur la valorisation des résidus de distillation. Symrise a ainsi développé le Santal Drys, obtenu à partir de sciure encore odorante après distillation. « On découvre des facettes plus toastées, grillées, presque café », décrit Suzy Le Helley. Ce type de procédé permet d'élargir la palette disponible à partir d'un même volume de matière première, un enjeu direct pour des ressources dont la disponibilité reste contrainte.

La synthèse joue un rôle comparable de complément plutôt que de substitution pure. Javanol, Ebanol, Sandalore ou Bacdanol permettent d'accentuer certaines facettes du santal naturel tout en limitant la pression sur les ressources, selon l'article. « Le défi aujourd'hui n'est plus seulement de préserver le santal, mais aussi de réinventer son expression olfactive », rappelle Sylvain Eyraud. Pour la création, cela signifie une palette élargie où naturel et synthétique se composent, chacun apportant des facettes distinctes plutôt qu'une hiérarchie de valeur entre les deux.

Le marché sélectif et de niche traduit ce déplacement dans ses lancements récents. Santal Austral de Matière Première travaille la texture lactée du bois australien autour d'un accord lait d'amande ; Santal Calling d'Ex Nihilo explore un registre musqué ; 724 de Maison Francis Kurkdjian s'appuie sur un santal blanc ; Lady Blanche de Penhaligon's associe le santal à des notes vertes et florales, selon la même source. La rentrée de septembre ajoute à cette liste Libre Santal Couture de YSL Beauté, Goldfawn de Perroy et The Manœuvres of the Baroness de Penhaligon's, tandis que le catalogue élargi cité par l'article inclut Ambre Royal d'Atkinson, Stellar Silk de BDK Paris, For Him Musk Santal de Narciso Rodriguez, Ambre Latte d'Essential Parfums, Vanilla Skin de Phlur et Santal&Vanilla de Coty.

« Le bois de santal apporte de la douceur, de la rondeur, une sensation de seconde peau. C'est un parfum caresse, très texturé, très velouté », analyse Suzy Le Helley à propos de cette écriture contemporaine. Elle souligne aussi une fonction technique de la matière au sein d'une formule : « C'est aussi un formidable outil pour adoucir tout ce qui peut paraître dur ou rêche dans une composition. Même des notes très puissantes comme l'oud deviennent plus douces grâce au santal. »

Pour la filière, ce mouvement combine deux logiques qui se renforcent rarement dans une matière première : une demande en hausse portée par des usages formulation multiples, et une ressource dont la disponibilité reste structurellement limitée par le temps de croissance de l'arbre. La diversification des origines et la valorisation des résidus de distillation répondent à cette tension sans la résoudre entièrement, ce qui maintient un intérêt constant pour les molécules de synthèse capables de reproduire ou d'accentuer certaines facettes du bois. Pour un formulateur ou un acheteur, suivre l'origine précise du santal employé — indien, australien ou calédonien — devient un paramètre de composition autant qu'un enjeu de traçabilité.

Denise Penon

À retenir

  • Le santal migre des grands orientaux opulents vers des compositions plus texturées, proches du skin scent, dans la niche et la sélective.
  • La surexploitation du santal indien a poussé les maisons de composition vers l'Australie (Santalum album, Santalum spicatum) ; Chanel possède sa propre filière en Nouvelle-Calédonie.
  • L'arbre demande quinze à trente ans avant exploitation ; seuls le cœur du tronc et les racines livrent l'huile la plus qualitative.
  • Les origines se distinguent olfactivement : indien crémeux et lacté, australien plus animal et sec, calédonien enveloppant.
  • Symrise valorise les résidus de distillation avec le Santal Drys, aux facettes toastées et grillées.
  • Les molécules de synthèse Javanol, Ebanol, Sandalore et Bacdanol accentuent certaines facettes du santal naturel tout en limitant la pression sur la ressource.

Citations attribuées

« Le bois de santal a toujours eu une grosse symbolique localement. En Inde, c'est un arbre sacré, profondément lié aux coutumes religieuses et culturelles »

Suzy Le Helley

« Au cours du XXe siècle, le bois de santal a été énormément exploité. L'Inde a ensuite voulu protéger l'espèce, ce qui a poussé les maisons de composition à se tourner vers l'Australie »

Suzy Le Helley

« On découvre des facettes plus toastées, grillées, presque café »

Suzy Le Helley

« Le défi aujourd'hui n'est plus seulement de préserver le santal, mais aussi de réinventer son expression olfactive »

Sylvain Eyraud

« Le bois de santal apporte de la douceur, de la rondeur, une sensation de seconde peau. C'est un parfum caresse, très texturé, très velouté »

Suzy Le Helley

« C'est aussi un formidable outil pour adoucir tout ce qui peut paraître dur ou rêche dans une composition. Même des notes très puissantes comme l'oud deviennent plus douces grâce au santal. »

Suzy Le Helley

Sources

  1. 01

    Santal : la note boisée 100% désirable

    The Fragrance Foundation FranceAssociation professionnelleSource primaire

    Publiée le 22/09/2026 · consultée le 22/09/2026